À L'AFFICHE : VIVARIUM


On passe pas trois mois à se poser des questions sur l'empattement de telle ou telle typo pour ne pas ensuite vous partager nos pérégrinations pour créer nos affiches de films.

Aujourd'hui, on vous partage les essais de Laurent Lufroy sur l'affiche de Vivarium et on tente de vous expliquer comment on a fait nos choix.


LES PISTES QUE NOUS AVONS ÉLIMINÉES:


Sans plus attendre, commençons par les essais que nous avons d'emblée éliminés... Gardez bien en tête qu'à chaque fois, ce ne sont que des maquettes qui, si elles avaient été choisies, auraient été longuement retravaillées.


D'abord, il y a cette idée beaucoup trop neutre par rapport au propos de Vivarium, et qui a en plus le fâcheux inconvénient de ressembler à une pub CIC. Certes, il est commercialement important de voir Jesse Eisenberg, mais le concept du film n'est ici explicite que si l'on sait déjà de quoi parle le film. Autrement... OK, c'est un couple qui cherche à acheter, mais what's next ?





Plus intéressants, les essais suivants qui suivent cochent un peu plus de cases :

  • L'idée d'enfermement

  • Le Labyrinthe

  • Un côté Truman Show, avec ces nuages fake.

  • La promesse d'un high concept

Mais le film étant déjà bien perché, il a besoin d'une affiche qui lui permette de sortir de l'ornière du délire arty, pour avoir une chance de rencontrer un plus large public. Là, on pourrait presque être dans Dogville, et c'est pas vraiment ce qu'on cherche.




Le concept des deux personnages sur le toit avec l'infinité de maisons derrière, nous l'avions spécifiquement demandé à Laurent Lufroy. Le résultat n'est pas si mal, mais nous manquions de matériel pour avoir une pose convaincante d'Imogen Poots. Tiens, question : ça vous aurait plu, vous, une affiche comme ça ?



On a aussi demandé à Laurent Lufroy de reprendre l'idée de l'affiche teaser signée Marie Bergeron (la vue en plongée sur l'infinité de maisons identiques), mais avec une approche plus réaliste. On aimait bien la première, en mode planète pavillonnaire.



(Pour rappel, l'affiche teaser de Marie Bergeron ressemblait à ça. Et pour rappel bis, elle est en vente en tirage limité sur thejokers-shop.com)


Petite variante ci-dessous, qui nous permet d'intégrer nos deux acteurs. Ceci dit, c'est bien beau de les intégrer, mais s'ils regardent pas vers nous, c'est un peu dommage... Vous apprécierez également cet énorme pompage d'Inception.



Alors là, on est carrément entre Inception et Cube. On vend un espèce de blockbuster, mais c'est pour le moins trompeur...



LE PROJET SUR LEQUEL ON A TRAVAILLÉ JUSQU'À ÉPUISEMENT :


BON ! On a à peu près fait le tour de toutes les pistes que l'on a finalement pas suivies.

Maintenant, on va vous montrer la piste qu'on a travaillée, retravaillée, et sur laquelle on s'est le plus embrouillé. Parce que derrière toute affiche de cinéma, il y a une embrouille entre deux personnes qui ne sont pas d'accord (on vient d'inventer ce dicton, mais il nous semble pas totalement faux).


Les essais ci-dessous ne nous semblaient pas aboutis, mais l'idée toute simple de mettre le couple (avec le bébé) devant la maison était bien entendu à approfondir. Le HELP nuit clairement à la lisibilité générale de toutes les infos, et l'air interloqué des personnages avec ce bébé sorti du carton suffisent à induire l'idée qu'ils ont sérieusement besoin d'aide. L'univers esthétique très fort du film n'était également pas assez marqué sur ces propositions : il y avait quelque chose à faire pour mieux mettre en valeur cette infinité de nuages identiques, et pour le ramener vers un style plus surréaliste, proche de Magritte. On aimait aussi bien ce lampadaire, et on se disait qu'on pouvait s'en servir pour créer une source de luminosité qui éclairerait les personnages dans une ambiance plus sombre, un peu sur le modèle de l'affiche de L'Exorciste (mais en moins dark, au risque de perdre tout le monde en route).



Au niveau des teintes et de l'ambiance générale, on commence à trouver le bon ton. Mais on se rend compte que la maison est trop petite par rapport aux personnages. Pas assez imposante, et donc pas assez inquiétante.



AH BAH VOILÀ ! Là d'un coup, on commence à rendre ce foutu pavillon un peu oppressant.

Pour renforcer la menace incarnée par cette maison, Laurent Lufroy a introduit l'idée d'avoir les personnages qui la regardent, dos à nous. On trouve que l'affiche a plus de sens comme cela, en focalisant le regard sur la maison, et qu'en même temps, il est dommage qu'on ne voit plus les têtes de nos deux acteurs. Cas typique d'une affiche dans lequel l'aspect esthétique vient se heurter aux impératifs commerciaux.

Est également introduite l'idée d'un sol penché, qui donne une vraie dynamique à l'affiche, tout en l'ancrant plus dans le registre fantastique / SF.

Dernière petite chose : nous trouvons que l'enfilade infinie de maisons sur les côtés n'est pas encore assez claire.



Derniers essais de couleurs, de lampadaire, d'inclinaison de sol, de placement de titre...

- Le lampadaire vient un peu brouiller la lecture globale de l'affiche à notre goût, et les rayons de lumière émanant des fenêtres devraient être dirigés vers les personnages, pour que l'attention se focalise vraiment sur eux en premier lieu.

- Le titre nous semble nettement plus visible en bas. Il y a beaucoup d'infos textuelles, entre le bloc crédit, les logo de festivals, le cast et le titre... Et on se dit que si on rassemble tout en bas, ces infos seront moins disséminés, et le visuel plus clair.

- La teinte rouge renforce incontestablement la menace véhiculée par la maison, mais l'ancre inutilement dans quelque chose qui se rapproche trop du film de genre, et peut faire fuir un certain public.

- Au niveau du ciel, on y est toujours pas tout à fait : il faut ajouter une touche de contraste, pour que la maison se détache plus du fond.

- Vous remarquerez que les personnages sont de dos sur tous les essais, car on s'était un peu fait à cette idée...




Sur l'affiche finale, deux gros retournements de situation :

  • Au dernier moment, le HELP fait son grand retour sur le toit de la maison, mais de manière beaucoup plus discrète que sur les premiers essais. On a eu cette crainte de ne pas en dire assez. Peut-être que maintenant on en dit trop... Question d'appréciation.

  • Les personnages sont désormais face à nous, suite à un looong débat. On capte mieux qu'ils sont complètement paumés lorsqu'ils regardent vers nous. Ben oui, parce que, on s'en excuse, mais on a quand même envie de faire des entrées avec ce film.

Pour la police du titre, nous sommes repassées sur celle qui est dans le film. Celles utilisées jusqu'à présent était un peu trop générique du film de SF

La cheminée a aussi été ajustée, pour coller à celle du film. C'est un détail, mais les détails c'est important !



En relisant cet article, on s'est rendu compte qu'il y avait énormément de "un peu plus", "beaucoup moins", "pas assez"...

Il y a deux raisons à ça :


1. Cet article est mal écrit.

2. La conception d'une affiche, c'est souvent une affaire de "un peu plus" et "un peu moins". C'est un curseur à ajuster pour coller à un positionnement très précis. Nous-mêmes, on est jamais très sûr de l'endroit où il faut le placer jusqu'à l'essai final.


N'hésitez pas à nous dire dans les commentaires si ce format vous plait, et surtout, ce que vous souhaiteriez y voir "un peu plus" ou "un peu moins".